Un signal politique fort depuis Dakar
À l'occasion de la 10e édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a posé une équation simple mais structurante : les menaces sécuritaires ne s'arrêtent pas aux frontières. « Il ne peut pas y avoir de périls sécuritaires au Mali qui ne concernent pas le Sénégal », a-t-il déclaré, résumant en une phrase la réalité du continuum des risques sahéliens.
Ce positionnement illustre une prise de conscience croissante parmi les États côtiers : l'instabilité au Sahel profond est une menace existentielle pour l'ensemble de la sous-région. Pour les acteurs non étatiques - ONG, entreprises, agences humanitaires - opérant dans ces zones, ce message doit résonner avec la même acuité.
AES-CEDEAO : un dialogue stratégique à suivre de près
Les 17 et 18 avril 2026, à Lomé, les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance des États du Sahel (AES) et des représentants de la CEDEAO ont entamé des discussions en vue d'un cadre formel de coopération. Deux visions sécuritaires y coexistent : l'AES défend une approche centrée sur la souveraineté et la puissance militaire ; la CEDEAO plaide pour une réponse multilatérale intégrant diplomatie et développement.
Ce rapprochement, s'il se concrétise, pourrait réduire la fragmentation institutionnelle qui a longtemps limité l'efficacité des réponses régionales. Pour les organisations présentes sur le terrain, cela pourrait signifier une recomposition des interlocuteurs locaux, des mécanismes de coordination et des périmètres d'accès humanitaire.
Sur le terrain : une force en renforcement capacitaire
Parallèlement aux négociations diplomatiques, la Confédération AES accélère le déploiement de sa force conjointe, dont les effectifs devraient dépasser prochainement 15 000 hommes. Les premiers 6 000 soldats déployés ont déjà permis de reprendre des secteurs stratégiques dans la zone des trois frontières, d'affaiblir plusieurs groupes armés et de faciliter le retour progressif de populations déplacées.
Ces avancées sont réelles, mais elles s'accompagnent d'une dynamique de repositionnement des groupes armés vers des zones moins surveillées - un phénomène classique de report de la menace qui impose une réévaluation continue des cartographies de risque.
Ce que cela implique pour votre organisation
L'évolution du paysage sécuritaire sahélien génère autant d'opportunités de reprise opérationnelle que de nouveaux angles d'exposition. Quelques implications concrètes à intégrer dès maintenant :
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Revoir les évaluations de risque dans les zones frontalières Mali-Sénégal, Mali-Mauritanie et la zone des trois frontières
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Anticiper les reconfigurations d'accès liées aux nouvelles postures militaires de l'AES
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Adapter les protocoles de coordination avec les autorités locales dans un contexte institutionnel en mutation
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Surveiller les effets de report des groupes armés vers des corridors humanitaires ou des zones à moindre couverture militaire
Bevar Security accompagne les organisations privées, humanitaires et institutionnelles dans l'analyse et la gestion des risques sécuritaires en Afrique.
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